08.10.2009

Lettres radioactives de Tchernobyl

 

On les vit revenir peu à peu moins d’un après les faits. Les oiseaux de Tchernobyl périrent dans l’incendie provoqué par l’explosion du réacteur n°4, ce jour d’Avril 1986, avant même d’avoir terminé leur nid. Jusque là, Tchernobyl était en passe de devenir le plus gros complexe nucléaire au monde, doté d’une dizaine de réacteur d’un gigawatt. Et puis, ce fameux soir de 1986, la conjonction d’une erreur hum

aine et d’un défaut de conception provoqua un accident majeur. L’explosion certes pas nucléaire (un seul bâtiment fut endommagé

), dispersa les entrailles d’un réacteur nucléaire dans tout le paysage et jusqu’au ciel, dans un immense nuage de vapeur radioactive provenant du liquide de refroidissement évaporé.

tchernobyl.jpg

Toute cette semaine-là, occupés à effectuer d’innombrables prélèvement afin de détecter une présence radioactive dans le sol et l

es aquifères, les scientifiques russes et ukrainiens trouvèrent ce silence d’un monde sans oiseaux particulièrement dérangeant.

 

Mais au printemps suivant, les oiseaux revinrent. Voir des hirondelles rustiques passer sur la carcasse du réacteur nucléaire est un spectacle déconcertant, surtout quand on l’observe emmitouflé sous plusieurs couches de bleus en laine et toile à capuche censée vous protéger des particules alpha, coiffé d’une charlotte et d’un masque chirurgical pour empêcher le plutonium de s’accrocher à vos cheveux ou de pénétrer vos poumons. On voudrait les voir s’envoler au loin, à tire d’aile. Et dans le même temps, leur présence vous fascine. Elle semble normale, comme si l’apocalypse n’avait pas été si méchante finalement que cela, finalement. Le pire se produit, et la vie continue.

 

Mais si la vie continue, ce n’est toutefois pas sans modification. Ainsi plusieurs hirondelles éclosent-elles qui arborent quelques plus albinos. Elles se nourrissent d’insectes puis, une fois leur plumage revenu, s’en vont migrer comme si de rien n’était. Mais au printemps suivant, aucun volatile à tâche blanche ne reparaît. Etaient-ils trop génétiquement défaillant pour rallier l’Afrique ? Leurs couleurs distinctive les a-t-elle privés de partenaires potentiels ? A-t’elle révélé leurs présence aux prédateurs ?

 

Au milieu des millions de tonnes de déchets enterrés se trouvent une forêt entière de pins qui moururent quelques jours après l’explosion, et que l’on ne put brûler car leur fumée aurait été mortelle. Le rayon de 10km autour du réacteur, la zone du plutonium, est d’un accès encore plus restreint. Tous les véhicules et toutes les machines qui furent utilisés dans le cadre du nettoyage du secteur, comme les grues gigantesques qui s’élèvent autour du sarcophage, sont trop radioactives pour être déplacées.

 

Et pourtant on voit des alouettes venir se percher sur leurs bras. Au nord du réacteur détruit, les pins produisent de nouvelles branches, de longueur allongée et irrégulières, portant des aiguilles de taille diverses. Ils n’en sont pas moins verts et vivants pour autant. Par delà ces arbres, au début des 1990, les forêts qui avaient survécu à la catastrophe abritaient des chevrettes et des sangliers radioactifs. Puis vinrent les élans, les lynx, les ours et les loups.

Pripiat, la ville où habitaient les ouvriers de Tchernobyl et quand à lui toujours désaffecté car trop chaud. A 6,5 km au sud toutefois l’un des meilleurs sites actuels d’observation des oiseaux en Europe surplombe la rivière. On peut y admirer des busards Saint Martin, des guifettes noires, des hochequeues, des aigles royaux dorés, des orfraies ainsi que de rares cigognes noires qui évoluent au milieu de tours qui n’ont pas fini de refroidir.

 

 

 

-------------------------------------------------------------------------

Alan Weisman - Homo Disparitus

Ecrire un commentaire